Pourim
Avant d'entreprendre un commentaire de l'histoire de Pourim, nous allons en faire un bref rappel.
L'episode se situe apres la destruction du premier temple de Jerusalem. Alors qu'une grande partie de la
population juive est exilee d'Israel e Babylone. Assuerus frere de Nabucodonosor regnait de l'Inde e
l'Ethiopie. Il, decide alors d'offrir un banquet e tous les habitants de Suze capital de la Perse, apres
l'avoir deje fait pendant 180 jours pour l'ensemble du royaume. C'est l'occasion pour lui de proceder e
l'etalement de ses richesses. Pour couronner le tout, il convoque la Reine Vashti reputee etre "Miss
Perse" pour l'exposer e ses convives. Celle-ci s'oppose. Ce comportement semble tellement
deshonorant pour le roi, qu'il la repudie et la fait remplacer par Esther. Mardochee oncle d'Esther, se
rendait souvent au palais pour lui rendre visite. C'est ainsi qu'un jour, il surprend deux gardes entrain
de preparer un complot contre le roi. Il en informe Assuerus par le biais de sa niece, ce qui lui vaut
d'etre mentionne dans le livre des memoires du roi. Une nuit, alors qu'Assuerus ne trouvait pas son
sommeil, demande que la lecture de ses memoires lui soit faite, et tombe sur le recit de Mardochee. Il
fait convoque Aman son ministre, et lui demande conseil sur la recompense e accorder dans une pareil
situation. Aman pensant qu'il s'agissait de lui, recommande de prendre la personne concernee. (p. 2)
de la vetir des habits royaux et de la promener dans toute la ville sur un cheval. Il en fut ainsi Assuerus
demande e Aman d'en faire autant e Mardochee. Cela n'a fait qu'accroetre la haine d'Aman envers les
juifs. A la suite de cela, il fait decreter l'annihilation de tous les juifs apposee du sceau royal. Esther
va reveler e Assuerus lors d'un festin qu'elle va organiser qu'elle est de confession juive, et la menace
plane sur elle et son peuple. Pris de confusion, le roi quitte la salle. Aman implore la pitie d'Esther en
s'agenouillant face elle. Assuerus entre de nouveau dans la salle et pense que celui-ci est entrain de
courtiser la reine. La colere s'empare de lui et demande e ses gardes que Aman et ses enfants soient
pendus. Le 13 adar devait etre le jour de l'entree en vigueur de l'ancien decret. Mais il est desormais
caduc. Le 14 Adar la fete est proclamee.
La Meguilah d'Esther (livre d'Esther) dans laquelle a ete retranscrite l'histoire de Pourim ayant defraye
la chronique en son temps a suscite de nombreux questionnements de la part de nos sages.
A la lecture du texte, Assuerus apparaet comme un etre superficiel se laissant seduire par les propos
tantet de Aman tantet d'Esther. Il est pret e laisser exterminer un peuple qu'il ne connaet point. Pour
finir, il decrete un chetiment lourd pour qui ose le toucher. Pour nos sages, Assuerus est parfaitement
lucide. Son changement d'attitude releve du miracle. D'une part, il connaissait les juifs pour avoir fait
cesser les travaux de reconstruction du temple. D'autre part, Aman ayant occupe les fonctions de Vizir
e partir de la septieme annee du regne d'Assuerus, ce dernier avait donc bien promulgue le decret en
premier. En outre, apres la destitution d'Aman et son remplacement par Mardochee, les travaux de
reconstruction du temple n'avaient toujours pas ete autorises e reprendre. Assuerus connaissait donc le
peuple juif, sa maniere de barrer la route e son ascension spirituelle a ete intentionnelle et parfaitement
premeditee. Les juifs quant e eux bien qu'au debut de ce decret accables et decourages par les menaces
qui pendent, vont se mobiliser. Mordekhae Ben Yaer Ben Chimhi Ben Kich tel qu'il est nomme dans la
Meguilah joue un rele crucial, digne d'un tsadik (pieux). Il propage la lumiere sur le peuple, est e
l'ecoute de ceux qui sont en detresse et frappe aux portes du ciel pour implorer la misericorde divine.
Ainsi le formule Rav Nahman de Breslev (l"jz), Yaer porte la racine du mot "Or" (rva) qui signifie
lumiere, Chimhi porte la racine du mot Chamah ((mw) signifiant entendre, Kich qui signifie frapper.
Nous ne sommes pas sans ignorer l'influence de l'ascendance dans la tradition juive. La mobilisation du
peuple va etre difficile, e l'image de ce que seront les combats qu'il livrera au fil des annees qui
suivront. Ceux-ci pendront des formes diverses. Le combat du monotheisme contre l'idoletrie,
deviendra celui d'Israel contre les nations pour sa survie, puis du religieux contre le laec. En effet,
meme face e l'idoletrie et dans un climat d'oppression, Israel a su preserver ses valeurs. Nous
connaissons le cas d'Abraham, celui du prophete Daniel et ses amis face e Nabucodonosore... Bien plus
tardivement, e la periode du Moyen Age, le peuple juif sera accuse par differentes nations d'etre la
cause de tous les maux de l'humanite, au point de conclure que seule l'annihilation de ce peuple
soulagerait le monde. Les temps modernes ne font que confirmer cela, avec en plus de mouvements
farouchement antireligieux, prenant la laecite avec encore plus de fermete que les autres nations. En
somme nous baignons de nouveau dans des guerres intestines. A la lumiere de l'histoire, nous
observons que seule la menace d'un ennemi laissant pendre son epee au dessus de nos tetes, nous fait
reagir en nous faisant prenant conscience judeite.
Le peuple juif ne semble donc pas avoir le choix d'abandonner son rele historique et ce jusqu'e la fin
des temps. Au moment oe il commence e se lasser de maintenir e l'etat dynamique sa particularite, ce
sont ses ennemis qui l'y contraignent. Il en a ete ainsi avec notre Patriarche Jacob dit Israel, lorsqu'il va
revendiquer un repit e ses epreuves aupres de Dieu. Assuerus voulait donc profiter de cet instant de
faiblesse pour integrer le peuple juif. La question est de savoir si nous subissons cette condition de
souffrance ou s'agit il d'une logique de notre existence voire une rationalite meme du cheminement de
notre peuple e La reponse est vaste. Elle a ete l'objet de nombreuses confrontations, ce, depuis nos
peres jusqu'e notre generation. Elle est sans cesse reformulee, decantee et trouvera sa raison d'etre
jusqu'aux temps Messianiques supposes apporter les eclaircissement e toutes les interrogations sans
reponses. Mais revenons y. Les temps bibliques se caracterisent par des affrontement ideologiques
violents entre monotheistes et polytheistes. Les recits s'accumulent depuis Abraham, jusqu'e la
destruction du temple. Que dire de nos jours ou la tendance est e la laecite e La question religieuse ne
se pose t elle plus e Le conflit bien qu'existant s'est transpose. L'idoletrie a t elle disparu e
Non, elle a pris une autre definition. En effet, lorsque nous consultons des ouvrages d'histoires de
l'humanite, nous avons l'impression que le monotheisme consiste e ne croire qu'en l'existence de Dieu
sans se demander un instant si Celui qui Est intervient ou non dans notre vie. Peut-etre ne joue que
certaines partitions, ne s'interesse qu'aux chanceux... L'idee en est terriblement reductrice. Croire en
Dieu est hautement difficile, vaste, et en quelque sorte elitiste. Savoir se dire e un temps T pour tenter
de l'avoir observer quelques minutes dans sa vie, que Dieu regit chaque detail de cette univers en
partant de l'infiniment petit e l'infiniment grand est difficilement possible pour l'Homme. Et meme cela
est reducteur, car l'idee de Dieu transcende l'imaginaire. L'idoletrie d'aujourd'hui consiste e croire que
le monde dans lequel nous vivons est une fin en soi, e faire des differentes preoccupations de ce monde
un objectif, l'argent, le sport, l'art, la mode, la philosophie…Et cela est e la portee de tous les individus
!! Cela ne necessite pas la force d'eme que represente la Croyance en Dieu. Bien sur, tous les exemples
evoques ci-dessus sont une expression de la volonte divine. Le tout est de canaliser tous ces elements
est de les investir au service du Createur et non l'etre humain. Et cela requiert une energie particuliere
et loin d'etre e la portee de tous, non pas en terme de capacites mentales mais simplement en terme de
volonte. La reponse e la destinee du peuple juif, est d'etre au service de son createur. Il ne dispose
d'aucun repit car le travail est long et dur (Maxime de Peres). L'engagement selon lequel nous avions
accepte le joug de l'Alliance selon la fameuse phrase : "Nous ferons et nous comprendrons" ((mwnv
hs(n) (Nahasse venichmah), nous contraint e une existence associee e l'euvre du Createur. Notre libre
arbitre ne s'exerce que dans un champ d'action reduit et pour ma part il n'est qu'un leurre. Chaque recul
que nous prenons, nous vaut un rappel e l'ordre non par punition mais par amour. L'histoire de Pourim
nous enseigne que le retour de l'epouse (Israel) envers son Epoux (Dieu), meme en cas d'infidelite de
celle-ci est toujours possible.
Armand Sneouar
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